Société, vie sociale, travail
Le monde du travail
Aujourd'hui, compte tenu que la demande d'un emploi correcte (qui correspond pour chacun à ce qu'il aime faire) est en hausse, le monde du travail s'est structuré de sorte que les intérêts de l'employeur ont une importance bien supérieure à ceux du salarié.
Les structures hiérarchiques, quelque peu malmenées au sortir des événements de la fin des années soixante, se sont renforcées, sans doute avec plus de sécurité qu'autrefois afin de ne plus risquer de subir à nouveau la contestation. Nous avons notamment vu la tenue vestimentaire des cadres se transformer en adoptant le style stricte du costume cravate sobre (et sombre) au lieu de la tenue décontracté que l'on a connue dans les années qui ont suivies la contestation de 1968.
Les stages de management, qui ont été une opportunité pour nombre de sociétés de service, ont servi de prétexte pour imposer des contraintes qui n'auraient pas été acceptées dans un contexte d'emploi favorable à la demande. Ces formations, faisant souvent appel à des techniques proche de la manipulation, donnent bonne conscience sur la manière dont leurs objectifs seront réalisés à ceux qui les commandent et sur les méthodes employées par ceux qui sont chargés de leur exécution.
Ainsi, sous couvert de la "science", la connaissance de la psychologie individuelle applicable aux exécutants par les cadres, les décisions ne sont plus discutables.
Au lieu de rechercher des solutions de compromis, les individus qui posent problème sont classés selon des typologies et des symptômes, à défaut d'évaluer la responsabilité des dirigeants de l'entreprise.
Il s'en suit, de la part des cadres, une soumission à la direction, justifiée par ces techniques, mais, en réalité, par crainte de perdre leur emploi.
La compétition dans le travail s'est accrue au grand plaisir des dirigeants. La pression sur les individus et le stress sont acceptés sans trop de protestation, certains allant même jusqu'à leur trouver des qualités. On a manifestement oublié le sens du travail ! Même s'il semble combattu, le burn out est considéré comme tolérable, du au conteste.
Petit rappel historique sur le travail :
Nous attendions de la part des progrès techniques qu'ils améliorent notre vie et la simplifient.
Dans le cas du travail, nous pensions que les machines en soulageraient la pénibilité et lui permettraient d'en réduire la durée.
La logique de pensée de l'ouvrier, notamment, empreinte de bon sens, supposait que le bénéfice qu'apporterait les progrès techniques sur la réalisation d'un produit serait répartie entre ceux qui ont participé à sa réalisation. Pour que ceci fusse possible, il eusse fallu que la prix de vente du produit ne soit pas revu à la baisse.
Or, les patrons d'entreprises, loin d'être concernés par les problèmes des ouvriers, ont trouvé dans les avancées techniques un moyen d'améliorer leurs profits, notamment par le biais de la concurrence.
En observant le fonctionnement de l'entreprise, pourvoyeuse historique d'emploi, nous voyons que les profits provenant de la production sont répartis entre l'achat des matières premières et des consommables, l'amortissement des outils de travail, y compris les remboursements des prêts, les diverses taxes professionnelles, les salaires du personnel, des cadres et des dirigeants, éventuellement, la rémunération des actionnaires.
Dans un modèle de société ou le travail qui servirait à assurer les besoins essentiels de l'individu (nourriture, logement, habillement et propreté), celui-ci n'aurait que très peu besoin de travailler. Avec une parcelle de terrain, il pourrait même cultiver une grande partie de sa consommation en fruits et légumes et même faire un peu d'élevage.
Deux facteurs sont venus modifier ce point de vue : la nature même de l'individu et la recherche de profits.
La nature humaine l'a conduit à vouloir utiliser ses facultés physiques et mentales au delà des simples besoins primaires.
Dans le but d’accroître la production, et par conséquent les bénéfices, l'incitation à la consommation s'est développée, entraînant avec elle l'illusion d'un monde meilleur, augmentant chaque jour son bien-être, alors qu'en fait il est sans cesse en manque - de ce que le marché crée et qu'il ne possède pas encore -. La société de consommation est source d'insatisfaction, créant le désir, la jalousie et le sentiment d'infériorité. Elle épuise les ressources et les énergies et génère de la pollution.
Parallèlement, depuis longtemps, l'organisation hiérarchique des états avait institué un prélèvement sur une partie des ressources de l'individu afin d'assurer un certain nombre de services utiles à tous (mais dont une partie pouvait être à l'avantage de certains seulement).
Ces deux facteurs associés à l'accélération des progrès techniques ont induits des situations critiques.
Les éléments de progrès n'ont pas le temps d'être "digérés" que d'autres sont proposés.
La surabondance ne permet pas de faire un usage satisfaisant et complet des objets et donne l'impression désagréable de ne pas avoir tiré tout les avantages qu'il peut offrir.
D'où un sentiment de gâchis. Les perpétuelles nouveautés nous obligent à apprendre continuellement de nouvelles fonctions et nous interdisent la sérénité.
Nous sommes à la solde du progrès. Nous n'avons plus la liberté de choisir. Nous ignorons où nous allons car nous avons perdu la maîtrise de nos objectifs.
Nous comprenons que le travail n'a plus sa justification dans l'objectif de rendre l'homme heureux, en subvenant à ses besoins physiques et intellectuels, mais qu'il est juste une source de profits financiers pour certains, les autres étant maintenus, parfois sans en avoir conscience, sinon par addiction, dans le circuit de la consommation pour assurer son fonctionnement.
Pour sortir de ce cercle vicieux, il faudrait filtrer les avancées techniques et scientifiques et accepter celles qui ont une réelle utilité et ne servent pas uniquement à des fins de production. Aussi, est-il nécessaire de nous ,purger de nos addictions, de nos envies liées aux tentations, de nos jalousies vis à vis de celui qui possède ce que nous n'avons pas - et qui ne nous est pas utile - et de la croyance en un progrès libérateur.
Repenser le monde du travail, c'est d'abord repenser individuellement à nos réels besoins.
Travailler sereinement :
Nous l'avons vu, par manque d'emploi, le monde du travail est devenu un monde de compétition où le stress joue un rôle important.
Certains en vont même jusqu'à proposer des formations basées sur sa gestion. On y distingue le stress "motivant" et celui qui est nocif.
Or, ce qui peut être assimilé à un stress "motivant" est simplement un engouement, une exaltation qui n'a rien à voir avec la sérénité.
Être exalté provient du sentiment que l'on a trouvé quelque chose qui donne du plaisir. Effectuer une tâche avec bien-être et en aimant ce que l'on réalise, n'a rien à voir avec le caractère exaltant de la motivation.
Combien de métiers sont-ils source de bien-être ?
L'ébéniste qui façonne le bois pour en réaliser un meuble original, oui. La créativité et l'utilité ajoute de la valeur au travail et permet à l'individu de se réaliser.
Les privilèges :
Nous croyons être rémunéré à la juste valeur du travail que nous fournissons. Nous sommes bernés par l'habitude. En réalité, la répartition est totalement inéquitable. Dans notre société capitaliste, la plus-value réalisé est d'abord reversée aux actionnaires.
On pourrait imaginer de s'en passer, mais il conviendrait de nationaliser toutes les entreprises. Mais les capitaux privés, nous dit-on, seraient sans doute investis à l'étranger.
Dès que nous envisageons des solutions à partir d'une situation existante, nous rencontrons toujours les mêmes difficultés : une modification entraîne des conséquences qui ne nous conviennent pas. Dans notre cas, les capitaux privés proviennent en majorité des plus-values réalisées sur notre territoire et il nous est insupportable de nous voir spoliés.
Nous constatons également que la diversité des types d'individus provenant du mode de fonctionnement de notre société est également une source de blocage importante. En effet, sur le plan intellectuel, par exemple, les différents niveau de culture sont un frein à l'intention de limiter les écarts salariaux.
En fait, ce n'est pas tant les écarts de salaire qui nous gênent, dès lors où ils sont justifiés honnêtement, mais bien plus les privilèges dont profitent certains.
Mais, à chaque fois que nous souhaitons toucher à un privilège, nous rencontrons le même risque de fuite ou une réaction corporatiste. Ne parlons pas d'une remise à zéro à partir de la suppression de l'héritage !
Ainsi, seul un changement décidé au niveau mondial nous apparaît résoudre cette question des privilèges.
Revoir la nature des entreprises :
Plutôt que de confier l'organisation du travail à l'entreprise privée ou à l'administration telle que nous la connaissons actuellement, il serait préférable de créer des systèmes s'inspirant des coopératives. Privilégier les conditions de travail en en excluant toute forme de hiérarchies, tout travail devant être source d'expression des qualités personnelles, la rémunération excluant la performance. Sous cette forme, il ne peut être question de compétitivité (de compétition). Toutes les "coopératives" ayant la même activité s'établiraient dans des lieux différents avec la possibilité d'échanger notamment sur les domaines techniques.
Aujourd'hui, cette forme de structure est on ne peut plus limitée dès lors que l'argent est le moteur de toute activité.
Conclusion :
Les changements susceptibles de permettre à notre civilisation de perdurer sont en contradiction avec nos principes guidant nos sociétés.
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